Le mentorat d'affaire
Notes pour une conférence – Fondation de l’entrepreneurship et mentorat.
Merci de l’invitation. Merci de la présentation.
MENTOR est un nom propre. Un nom qui remonte aux temps de la mythologie grecque et à ce fameux poème épique, l’Odyssée, qu’on attribue à Homère et son épouse Pénélope. Or, Homère et Pénélope avaient un fils, nommé Télémaque et malgré la tourmente de cette fameuse Odyssée, il fallait tout de même assurer l’éducation du fiston. Les parents firent appel à un dénommé MENTOR – un précepteur si sage et si attentif – un précepteur si expérimenté – que l’éducation fut une totale réussite. Pour le jeune Pénélope, MENTOR fut un modèle qui marqua sa vie.
De telle sorte qu’encore aujourd’hui – au fil du temps qui remonte à l’Antiquité – on prête le nom de ce personnage, Mentor, à tous ceux et celles qui volontairement et bénévolement consentent à aider un ou une jeune à réaliser un projet ou un rêve ou même tout simplement…sa vie ! Ce qui fait qu’aujourd’hui, nos dictionnaires modernes nous disent qu’un MENTOR est un guide attentif et un conseiller expérimenté.
En fait, Monsieur MENTOR a réussi à établir avec son pupille une relation de confiance, une relation personnalisée. L’équivalent d’un grand frère expérimenté ou d’un ami ! Et Monsieur MENTOR a réussi à lui transmettre son savoir-faire et une partie de son expérience.
Si le mentorat a traversé les siècles – c’est que de tous temps, les jeunes, s’ils sont émerveillés par la vie, ils sont de toute évidence sans grande expérience; ils sont interrogateurs, parfois même inquiets. Ce qui ne les empêchent pas de formuler très jeunes des projets – lesquels au fil du temps se précisent.
Ils sont impressionnés par certaines réussites et par certaines personnes. Ils s’interrogent sur les raisons de leurs succès – ces modèles leur apparaissent inaccessibles.
Mais lorsqu’ils constatent que ces «modèles» peuvent devenir leurs compagnons, leurs aides, et que ceux-ci consentent à les aider à faire fleurir un de leurs projets…c’est pour eux, sans aucun doute, une grande motivation! Et une grande assurance aussi.
Or, ce besoin d’assurance, de motivation, d’accompagnement, d’encadrement est, pour les jeunes générations, s’il fut toujours présent, il est devenu beaucoup plus grand de nos jours qu’anciennement. Le monde a beaucoup changé depuis quelques décennies.
Les vieux boomers – ceux qui sont nés entre les années 1946-66 (donc âgés de 10 ou 20 ans en 1966), comme aussi les jeunes boomers 1966-1976 – 10 ou 20 ans en 1976) ont profité d’un encadrement familial et social fort différent de celui de la génération X (1976-1986) et encore davantage de celle de la génération des Y, ceux qui sont nés depuis les années 1986.
Oui, l’environnement dans lequel nous vivons tous – jeunes et moins jeunes – a bien changé. En plein cœur des Trente Années glorieuses, celles de l’après Deuxième guerre mondiale, la vision partagée d’une société moderne, plus riche, plus juste et plus solidaire alimentait l’imaginaire d’une jeunesse qui désirait accélérer le mouvement de l’histoire et tendre vers un progrès pour toutes et tous. Une période de prospérité qui se présentait sous la forme d’un horizon prometteur et suscitait l’enthousiasme et l’espoir.
Une période qui a mené à la Révolution tranquille, à compter des années 60. Une période où le Québec est entré dans la modernité sous l’appel à être Maîtres chez nous dans une société où la solidarité citoyenne permettra l’accès universel aux soins de santé, à l’éducation, à une certaine sécurité financière à la retraite des travailleurs. En fait, la mise en place d’une social-démocratie, laquelle, au fil du temps, s’est transformée en État-Providence. On en est venu à croire que la croissance n’aurait de cesse et que l’État Providence était promis à l’éternité ! Une période de partage aussi – puisque durant cette période l’écart entre les riches et les autres s’est rétréci !
Vingt ans plus tard, dès les années 80, la générosité de l’État, provoquée par la gourmandise citoyenne, les contraintes budgétaires limitent la générosité de l’État Providence. L’État-Providence et même la social-démocratie sont mises en cause !
Par surcroît, simultanément, se font alors sentir les premiers grands vents de l’accélération de la mondialisation. L’évolution spectaculaire des technologies de communication et de transmission des données, ainsi que l’évolution de l’aéronautique et des technologies de production, rapprochent les continents, les peuples et surtout les marchés. La planète se rapetisse. Ce rapprochement donne lieu à une lutte si vigoureuse pour la conquête des marchés qu’il impose une urgence d’agir. Les boomers sentent que les choses changent. En fait, tout va si vite qu’il faut aller au plus pressé : on se concentre sur le présent et on a moins le temps de penser l’avenir. Le court terme devient la règle. Pour les industriels et commerçants, c’est la lutte pour la survie de leurs entreprises. Pour les travailleurs, il s’agit de protéger leurs emplois. Bref, il en résulte une certaine incertitude. Les valeurs économiques prennent désormais toute la place. Les populations, du moins la majorité qui ne profite guère des nouvelles règles du jeu, s’inquiètent.
Pour apaiser les inquiétudes, les promoteurs de l’accélération de la mondialisation1 font appel à la patience et annoncent un avenir meilleur pour l’ensemble de l’humanité. Ils posent une seule condition : l’adoption partout d’un nouveau libéralisme inspiré de valeurs communes mondiales, notamment :
Une démocratie universelle, de façon à ce que des minorités cessent de dominer la majorité;
Un État moins présent et une réduction de la réglementation, particulièrement en matières économiques;
Le désengagement de l’État à l’égard des structures sociales et culturelles par la privatisation de ces structures et de ces services;
Des capitaux disponibles partout grâce à l’internationalisation de la finance;
Des biens et services disponibles partout grâce à l’internationalisation du commerce.
Autrement dit, renoncer aux valeurs et aux stratégies des générations précédentes et entrer de plein pied dans ce néo-libéralisme maximisé, destiné à accélérer la création de la richesse.
Effectivement, au fil du temps, on constate dans tous les pays industrialisés une augmentation de la production de la richesse. Mais, paradoxalement, on constate également une augmentation de la pauvreté. C’est que cette nouvelle richesse, on ne parvient pas à la partager. Autrement dit, on note dans la plupart des pays une augmentation du PIB (Produit Intérieur Brut) mais une diminution du BIB – du Bonheur Intérieur Brut.
L’écoulement du temps fait prendre conscience que les bienfaits de la mondialisation tardent à se manifester. Contrairement à ce qu’annoncé, les minorités dominent de plus en plus les majorités. L’écart entre les riches et les autres ne cesse de s’élargir. Les États les plus puissants cherchent à le devenir encore davantage. Sur ce marché mondial, les États, les villes sont eux-aussi en concurrence !
Sur le plan de la finance, les marchés financiers s’internationalisent. Ils sont devenus si puissants qu’on les qualifie de nouveaux maîtres du monde. La finance internationale connaît une croissance importante : le montant sur les marchés des changes (là où s’échangent les devises) quintuple entre 1980 et 2000 pour atteindre 1 600 milliards de dollars américains par jour ! Ces transactions n’ont aucun rapport avec le financement de la production ou d’échanges de biens et de services. D’après le Bureau des Règlements internationaux (BRI), le montant des transactions financières internationales est 50 fois plus important que la valeur du commerce international portant sur les marchandises et les services. Donc, la finance, en grande partie, est désormais déconnectée de la production : elle n’est que le fruit de la spéculation. Ce qui est nouveau ! En conséquence, l’épargne s’est délocalisée. L’investissement se fait là où le terreau est le plus fertile. Et ce n’est pas tant le développement de son milieu qui est recherché que le rendement sur ses avoirs !
Alors que l’internationalisation était souhaitée afin d’assurer une meilleure allocation des ressources financières entre les pays, la réalité est contraire. La finance internationale profite essentiellement aux pays les plus riches ! Nombreux sont ceux qui y voient là des effets négatifs puisque contraire à ce qui avait été prévu.
Sur le plan commercial, la nouvelle ouverture des frontières a permis aux entreprises les plus puissantes de conquérir de nouveaux marchés, ce qui oblige les entreprises régionales ou locales à se protéger afin de protéger leurs acquis. On assiste alors à une vague d’acquisitions d’entreprises, de fusions, d’alliances. Mais aussi une vague de ce qu’on a appelé des « rationalisations », c’est-à-dire de réduction de la masse salariale et même de fermetures d’usines ou d’entreprises. Les entreprises cherchent à se donner plus de muscles pour affronter la concurrence nouvelle et mieux se situer sur le nouvel échiquier du monde des affaires. Le Small is beautiful est remplacé par le Bigger is better !
Sous l’effet de ces changements, la richesse se concentre. Une étude faite par deux professeurs américains démontre qu’entre 1950 et 1978 ( la période des Trente glorieuses, celles des boomers ), le revenu réel des ménages avait augmenté de 99 % pour les 20 % les plus riches aux États-Unis et augmenter de 140 % pour les pauvres. Donc, l’écart s’était globalement rétréci. Mais, par la suite, au moment de la mondialisation galopante, les plus riches ont vu leurs revenus augmenter de nouveau de 18 % alors qu’on assiste à une diminution de 19 % pour les plus pauvres.4 L’écart s’est élargi de nouveau…
Sur le plan politique, les gouvernements de la plupart des pays – sauf ceux qui en profitent – subissent aussi les effets de la mondialisation. Les marchés financiers, promoteurs de ce nouveau monde, dictent désormais les règles du jeu. Les exemples concrets sont nombreux. (Bill Clinton et son projet d’assurance-santé universel aux É.U, la Suède, un modèle de social-démocratie et…le Québec et son déficit zéro. Autant de décisions « commandées » par les marchés financiers ! ) Plusieurs observateurs y voient là une menace à la démocratie.
Beaucoup de changements – non seulement pour les boomers devenus adultes mais aussi et surtout pour les nouvelles générations, elles, qui ont vu leurs parents vivre une certaine prospérité – dont ils ont eux-mêmes profité, mais qui, au moment de l’âge adulte, constate que le basculement du monde résultant de l’accélération de la mondialisation a obscurci les chemins de leur avenir.
Ce destin contraire fait naître chez plusieurs jeunes la conviction qu’au soir de la vie, ils auront connu un destin moins prospère et moins heureux que celui de leurs parents. Et que leurs aînés les auront mal préparés à s’insérer dans un monde où les opportunités sont rares ou difficiles à exploiter.2
Cette inquiétude a des effets sur leurs comportements individuels – un certain refus de l’engagement à long terme, un certain isolement face à leur destin et à leur avenir. Exemples :
Situation matrimoniale des parents et taille des familles :
(1) Vieux boomers : leurs parents sont mariés – 4 enfants
Jeunes boomers : leurs parents mariés – 3.7 enfants
X –leurs parents sont mariés – 2.1 enfants
Y- leurs parents sont de plus en plus divorcés. Les enfants vivent souvent dans des familles monoparentales ou recomposées. – 1.6 enfants
Le foyer parental :
Les X et les Y quittent le foyer parental plus tard que les vieux et les jeunes boomers.
Les garçons nés entre 1946 et 1960 quittent en moyenne à 21 ans.
Les garçons nés entre 1971 et 1975 quittent en moyenne à 23 ans.
Par la suite, une proportion importante d’entre eux résident toujours chez leurs parents entre 25 et 35 ans.
À un degré moindre, cette situation est aussi observable chez les filles.
La situation matrimoniale :
| situation matrimoniale |
vieux |
jeunes |
x |
y |
| celibat |
peu |
peu |
moyen |
moyen |
| union libre |
peu |
moyen |
beaucoup |
beaucoup |
| mariage |
moyen |
peu |
peu |
|
| divorce |
moyen |
peu |
peu |
La situation matrimoniale :
Situation matrimoniale : Vieux – Jeunes - X Y
CELIBAT PEU PEU MOYEN MOYEN
UNION LIBRE PEU moyen BEAUCOUP BEAUCOUP
MARIAGE + MOYEN PEU PEU
DIVORCE + MOYEN PEU PEU
Niveau de scolarité
Les X et les Y sont plus nombreux à détenir un diplôme collégial et/ou universitaire que les boomers.
À l’Âge de 25-29 ans, 14% des vieux boomers avaient un diplôme universitaire. Au même âge, 28% des X en possédaient un.
Marché du travail
Pour les vieux boomers, 90 % des garçons avaient un emploi dès 25 ans.
Les x doivent attendre à 35 ans pour atteindre le même niveau.
Un marché de travail difficile : ouverture dans les postes spécialisés,
Les jeunes occupent de plus en plus des emplois autonomes.
Entre 1976 et 1995, chez les 15-29 ans, le nombre de travailleurs autonomes a augmenté de 42.4 % ( faute d’ouverture du marché du travail)
Plusieurs travailleurs autonomes aussi chez les boomers ( retraite ou licenciement. )
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Bref, les jeunes ( les X et les Y ) héritent de défis nombreux :
1. L’héritage démographique : la forte fécondité des années 50 est révolue. L’inquiétude face à l’avenir (dans quel monde vivrons-nous ?) et le mode de vie contemporain au cœur duquel se retrouve le modèle des familles à double revenu est peu compatible avec le fait d’avoir de nombreux enfants. L’avenir inquiète, ce qui n’était certes pas une inquiétude des boomers ! Et par surcroît, s’ajoute le décrochage scolaire : plus de 35% de ces jeunes décrochent de l’école…malgré que l’économie désormais est une économie du savoir !
L’héritage d’un gouvernement – généreux au temps des boomers – contraint désormais à une gestion budgétaire de plus en plus serrée. (La dette publique…)
Les défis environnementaux. Quel avenir pour la planète ? Une planète qui demande grâce et qui, à l’occasion exprime sa colère !
Et, au-dessus de tous ces défis, celui primordial du rétablissement d’une cohésion sociale, d’un projet commun. Autrement dit, quel avenir pour le modèle québécois ? Quel choix de société fera le Québec?
Des changements dans les valeurs. ( Définition du « bien »…Le sentiment d’appartenance : l’exode, même des gens d’affaires…)
Des défis si importants qu’ils provoquent une double réaction, particulièrement chez la relève. D’une part, ceux et celles pour qui la frustration est grande et les espoirs d’un redressement apparaissent utopiques. Une réaction qui nourrit la cohorte des décrocheurs : décrocheurs de l’école, décrocheurs du travail, décrocheurs de la vie!
D’autre part, heureusement, celles et ceux qui, déçus du monde dont ils héritent, veulent toutefois refaire ce monde, à leur façon et selon leur vision !
Refaire le monde à leur façon, plusieurs jeunes y croient. Plusieurs d’ailleurs sont déjà en marche. Mais, dans ce monde aussi concurrentiel, où la concentration du capital et des pouvoirs est de plus en plus forte, et dans lequel l’encadrement familial ou des maisons d’enseignement n’est plus le même, les jeunes se sentent souvent impuissants. Les jeunes ont besoin d’appuis, de références, de guides attentifs et expérimentés. Ils ont besoin d’accompagnement.
C’est pourquoi d’ailleurs aujourd’hui il est de plus en plus question des relations intergénérationnelles. Et c’est sans doute aussi pour ces raisons que s’imposent d’eux-mêmes les ponts entre les générations afin d’apporter aux plus jeunes cette assurance, cet accompagnement, cette transmission essentielle du savoir-faire et de l’expérience. C’est sans doute pour ces raisons que le mentorat s’impose de lui-même de nos jours.
Il s’impose, non seulement parce que les jeunes ont besoin d’accompagnement, mais il s’impose puisqu’il est aussi porteur de valeurs humaines fondamentales, celles de la solidarité, du partage (partage des connaissances et de l’expérience) celles de la fraternité; porteur aussi d’une vision du long terme (préoccupation de la relève…) et porteur d’espoir. Il faut encourager le mentorat. Il faut remercier ceux qui le pratiquent. Car, c’est la multiplication de ces actions individuelles, porteurs des valeurs fondamentales de société, que nous rétablirons, petit à petit, les valeurs collectives, les valeurs d’une société faite pour tous et toutes. Ce que je souhaite de tout cœur !